La perception véritable des charges

« Non pas je regarde l’arbre, mais l’arbre est regardé ». Ces quelques mots de Swâmi Prajnânpad, grand sage indien de renommée mondiale, sont grandement interpellants ; la sensation procurée dans mon for intérieur était à ce point étrange qu’il fallait y mettre un minimum de sens. De quelle manière la formulation passive pouvait à ce point me détendre ? La stratégie était d’avancer par contraste : mettre en opposition maximum les deux formes – active et passive, pour en capter une différence notable, perceptible et conscientisante.

Expérimentation

Une promenade au parc s’imposait, une matinée consacrée à cette étude minutieuse de la psyché ; là où l’arbre faisait intervenir le sens de la vue, j’allais expérimenter avec tous les sens :

OUIE : « Non pas j’écoute les oiseaux, mais les oiseaux sont écoutés. »
OK, soit. Essayons ; je ferme les yeux, en prenant la formulation active « J’écoute les oiseaux », me décidant donc à écouter les oiseaux de manière disons déceptive ; je vois mon mental s’activer, se préparer à analyser tous les sons susceptibles de survenir, et décrypter en temps réel avec mon cerveau hyper puissant. L’attente fut longue, et le chant de l’oiseau plutôt habituelle ! Bon, c’était une base de travail.
Puis je tente la deuxième option : je referme les yeux, et cette fois-ci j’utilise la forme passive : « les oiseaux sont écoutés ». L’expérience fut étonnante ; le chant de l’oiseau m’a littéralement transpercé, sans que n’y prenne gare !
La perception du son a résonné profondément en moi, pour me toucher en plein cœur.

ODORAT : rebelotte avec le sens olfactif ; à ce niveau de balade dans le parc, j’avais déjà frotté ardemment l’arbuste de lavande ; mais l’odeur était maintenant quasiment inexistante sur mes doigts ; du moins mon mental n’a pu le retrouver ; il a fallut, de la même manière que ci-dessus, c’est à dire poser la phrase « l’odeur est sentie », pour retrouver la subtilité du parfum sur mes mains encore présente.

GOÛT & TOUCHER : je continue l’experimentation, maintenant curieux des découvertes à venir ; immanquablement la perception devient plus large dans son spectre, plus profonde dans son ressenti.

Quid des émotions ?

Naturellement le processus de la Communication NonViolente (CNV) allait être passé au crible de cette découverte. Là où je mettais depuis des lustres du « je », j’allais expérimenter sous un jour nouveau.

Rappel du Processus OSBD (Observation, Sentiment, Besoin, Demande) de la CNV.
Une proposition partant d’une situation classique serait la suivante :

“Quand je regarde cet homme, je ressens de la peine car j’ai besoin d’aider mon prochain, alors je lui donne un euro.« 

En transformant en forme passive cela donnerait :
« Quand cet homme est regardé, un sentiment de peine est ressenti, lié un besoin d’aider son prochain. Il reçoit un euro. »

Ici, la même impression de détachement qui donne de l’apaisement.

1ère interpretation : flèche à 180°

0° : Dans la forme active, JE dirige ma perception vers l’OBJET ; mais comment puis-je le percevoir à partir d’une endroit (JE) qui ne connait pas encore l’objet ? pour cela notre psyché va projeter tout ce qu’elle en imagine. Par exemple si j’observe une plante verte, je vais y projeter mon incapacité à prendre soin des végétaux (pas la main verte), mon interrogation sur sa survie (assez d’eau, de soleil ?), son imperfection (elle est penchée, perd ses feuilles), sa disparition prochaine (morte d’ici l’hiver prochain). C’est ce qu’on appelle regarder à travers un prisme.

180° : Dans la forme passive, cette phrase incite notre psyché à faire tomber ce prisme par l’arrière, en insinuant que c’est l’OBJET qui dirige son être vers le JE.
C’est un changement total de direction, un 180° ; là ou j’allais à gauche je vais maintenant à droite ; là où je me dirigeais vers le nord, je vais dorénavant vers le Sud.
Or la surface de l’être est infiniment plus large que la surface du prisme, ce qui créé un énorme décalage : je vais être baigné de l’infinité de l’autre sans en dénaturer les traits et la beauté.

Continuer l’expérimentation

la perception passive peut être testée sur un nombre incalculable de situation. Nous pouvons réinterroger une réalité dont nous nous sommes accommodés depuis fort longtemps, pour les considérer sous un angle nouveau, sous un angle à -180°.

  1. la douleur est ressentie
  2. la vie est vécue
  3. le bonheur est cherché
  4. le ciel est admiré
  5. la femme est vue
  6. la rose est humée
  7. la pomme est goûtée
  8. la colère est ressentie
  9. une pensée est émise
  10. l’article est lu…

A votre tour d’expérimenter !

Addendum : la perception de l’autre

Quelques semaines se sont écoulées, j’ai réalisé que l’ultime défi serait de percevoir l’autre tel qu’il est. Cela nécessite un travail long et difficile mais a priori extrêmement précieux. Préalablement d’assainir la relation à travers la restauration des liens d’attachement, et d’accepter la réalité de l’autre tel qu’elle est (article à venir).

Publié par mpitot

Ma perception de la réalité (n’engage que moi). Au plaisir d’échanger

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